

La vila Agradà es clafida de frescas ancianas. Vaqui ço qu'ai trapat dins leis ostaus desobrats.

La jeune trouvait difficile de chanter tous les soir à capella. « Un jour où l’autre je perdrai ma voix, Andréa. Si cela continue, je sens que je vais en mourir. L’autre jour, un type du fond a crié : « Plus fort », et je me suis exécutée pour lui plaire. Et j’y suis arrivée. J’en suis à mes débuts, je ne dois jamais décevoir. Mais l’exercice est périlleux. Je crains chaque jour l’extinction. Pourquoi ne prendrions-nous pas un pianiste pour m’aider un peu ? Cela me soutiendrait. Puis nous gardons maintenant assez d’argent pour en payer un. Et il m’apprendrait le solfège. Allez Andréa ! Dis-moi oui ! Si on veut continuer tous les deux il faut que j’améliore mes connaissances musicales. S’il te plaît, Andréa, mon Dédé, trouve-moi un musicien. » Andréa écouta ses arguments qu’il trouva très bons.
Il alla quérir un pianiste de sa connaissance chez sa tante Julieta, la maquerelle de la place du Tertre. Il lui fallait quelqu’un de confiance, la personne rare qui partage tous ses secrets, ses tours de travers, un gars qui ne moufte jamais. Il choisit évidemment de rester dans la famille et prit le cousin Alberto !
Joseph Alberto était un Italien au teint gris qui avait une admiration démesurée pour Biancone, une affection incroyable, une soumission naturelle qui dépassait le lien familial. Depuis l’enfance, ils s’étaient tout dit, avaient tout partagé, les filles, les chambrées, les découvertes en tout genre. Les deux fils uniques, comme deux frères, s’étaient juré de ne jamais se séparer, de réussir ensemble. Ils avaient juré en crachant en cachette dans les latrines de la cour de récréation. Et depuis leur arrivée en France, ils se rencontraient souvent. Mais, il faut le dire, Il Sensuale réussissait plus que son cousin.
Ici, dans la maison close de la Tante Julieta, la mama payait son fils Joseph pour l’ambiance musicale. Dans le hall d’accueil rouge de la maison close, le piano de Joseph, Joseph Alberto, accompagnait le client jusqu’à sa chambre. Les Filles dandinaient du fessier, en montant l’escalier sur des airs de valse simples ou de polka faciles. La musique de Cousin Joseph couvrait les voix et les râles d’amour, les entrées, les sorties, les montées, les descentes d’escalier. Joseph faisait la musique de fond du bordel et c’était son métier. Il cachetonnait ainsi pour se payer une gueuse en fin de soirée. L’homme de derrière pianotait sur un piano droit aux touches cariées, dans un son de saloon désaccordé, une cigarette incandescente au bec.

Il Parigiano Sensuale dénicha les meilleurs théâtres. Au café concert la nouvelle chanteuse braillait sa chansonnette dans la position d’un pichet, les deux bras autour des hanches. Elle ne répétait pas. A peine si elle avait le trac. Elle possédait une audace folle, montait sur scène comme une furie, se plaçait, là, bien au centre du plateau pour narguer le spectateur soumis à son charisme d’enfant effrontée. Les hommes rougissaient de désir pour cette voix unique et mélodieuse, ce texte excitant et populaire qui en promettait. Son corps ne faisait qu’un avec le café, la scène, l’alcool, les tables. On acclamait l’oiseau, le bijou, la trouvaille. Elle s’exhibait au Moka, rue de la lune. On ne venait plus pour Thérésa ou Béranger, on venait pour Aile. Son nom, son refrain, ses attitudes, on aimait tout « chez la noire ». Le peuple reprenait « tous ses trucs ». Sa chanson s’arrachait sur les trottoirs. On la réclamait . Ah ! C’était du tonnerre ! On se levait, on sifflait, on tapait des pieds si elle disparaissait.
Biancone rencontrait le monde au sortir des boites, serrait les paluches des grands cabaretiers : Goubert de l’Alcazar, Lorne de l’Eldorado. On se disputait le mentor: « Elle est extraordinaire mon cher ! Extraordinaire ! Pouvez-vous nous la signer pour quelques soirées ? » Ala Nera naissait. Il Parigiano Sensuale modelait sa marionnette tel un Gepetto machiavélique.
Car on ne les voyait jamais l’un sans l’autre. Andréa feignait d’avoir des étoiles dans les yeux lorsqu’il la regardait. On disait qu’ils étaient très amoureux. La famille bolognaise et son orgueil restaient saufs.
A suivre...
D'autres épisodes d'Aile Noire dans la rubrique "Archives" de ce blog.
Aile Noire chante : Tous mes Trucs
( sur l'air de La Jeune Fille au Métro )
« On dit que la femme est farouche,
Bonne à ne tenir que la louche,
Le ménage, le ratafia,
Le linge et le charabia.
Ben moi je suis una nana
Possédant plein de trucs
Que vous n’soupçonnez pas !
Bien plus fine qu’une fine mouche,
Ne faites pas la fine bouche,
L’étonné, ou le ratabois
Le redingoté, le baba !
J’ai comme le baccalauréat !
Je possède plein de trucs
Que vous n’soupçonnez pas !
Avec mon agache-moniche,
Finis les rôles de boniches !
J’acharne d’la chipolata
J’t’aligne de cinq à six fois
J’t’arrose le réséda !
Je possède plein de trucs
Que vous n’soupçonnez pas !
Y’en a qui me disent magicienne
Sorcière, marabout africaine,
Prétressse de la bouche-d’en-bas,
Déesse du cacatois,
Maîtresse du je – ne -sais-quoi…
Je possède plein de trucs
Que vous n’soupçonnez pas !
Mais si une poulette s’avise
Et là j’vous le sincérise,
A me faire une jalousance,
Je lui promets la potence
Je lui collerai une danse,
Je lui ferai plein des trucs
Qu’elle ne soupçonnait pas !(bis) »
Paroles et musique: Andréa Biancone.
Interprète : Aile Noire.
Editons Musicales : Andréa Biancone.
Les jours suivants il feignait de peindre pour entretenir sa passion en mélangeant des peintures sur son chevalet puis s’interrompait en disant : « Ah ! Ça non ! Ce n’est pas pour aujourd’hui. Je ferai un portrait de toi lorsque la lumière du jour sera plus belle. » Il déchirait sa toile en disait : « Maintenant… l’écriture !». Il s’asseyait à son bureau et lui montrait des faux manuscrits. « Voilà les anciennes chansons que j’ai écrites à Bologne et qui firent de grands succès dans tout mon pays ». Elle était subjuguée de voir son nom d’artiste au bas des pages.
Elle resta enfermée des jours, ébahie par cet amour. Elle parlait peu. Sa seule demande se réduisait à : « Dis, Andrea, quand est-ce que tu me l’écris, ma chanson ? ». « Ha ! Je te n’ai pas dit Ala Nera ? J’ai écrit un début l’autre soir alors que tu dormais. Mais tout cela est encore trop frais pour que je te montre. C’est à l’état d’ébauche, de croquis. Approche-toi et remettons cela à plus tard, veux-tu ?» Elle aimait ça. Elle aimait ses douces phrases. Elle raffolait de ce corps d’athlète stupéfiant. L’illusionniste lui en apprenait tous les jours, dans toutes les pièces, toutes les positions, sur tous les meubles, avec toutes sortes d’objets. Et après l’amour, comme les chanteuses ne cuisinent pas, ils allaient au restaurant.
« Et ma chanson Andrea ? ». Un jour qu’elle lui redemanda, Biancone, tout nu à son secrétaire – c’était un moment après l’amour, avant le restaurant – se dit « pourquoi pas ? ». Il griffonna un petit quelque chose en prenant des poses d’artiste inspiré . C’est ainsi, par accident, qu’il lui pondit un premier succès : Avec tous mes trucs…!
Ce soir là, Aile Noire, nue au milieu des meubles fantômes, drapée comme une divinité grecque, Aile Noire s’essayait à sa Chanson. Une Chanson de prostituée caractérielle, à l’humour et au vocabulaire douteux.
A suivre... Retrouvez les épisodes précédents dans les archives de ce Blog.
Dins la vilo de Tam se fasèn talamen caga que me siéu abouna à TPS. E lou darrié filme que veguère èro pas mau, pas mau. Emé tis ami, devino lou filme que veguère!

L'enseigne au néon
A rentrée du
Bouge
Eclaire la chambre
Noir
D'une lueur
Rouge
Quand descend le
Soir
Et dans cette chambre
Rouge
Y a un grand type
Noir
Avec une fille
Rouge
En robe de soie
Noire
L'enseigne au néon
A l'entrée du
Bouge
Eclaire la chambre
Noir
D'une lueur
Rouge
Couleur d'abat-
toir
Et dans cette chambre
Rouge
Y a le grand type
Noir
Qui boit du gin
Rouge
Comme un enton-
noir
Tandis qu'la fille
Rouge
Se remet du rouge
Noir
L'enseigne au néon
A l'entrée du
Bouge
Eclaire le type
Noir
Qui s'met à rire
Rouge
Et s'ressert à
Boire
Tandis qu'la fille
Bouge
Ses hanches de soie
Noire
Au rythme d'un
Blues
Qui sort du bouge
Noir
L'enseigne au néon
A l'entrée du
Bouge
Bat comme un cœur
Noir
Le type se fait tendre
Rouge
La fille dit- Non
Noir
- Qu'est-ce qui te prend ?
Rouge
Lui demande le
Noir
Qui voit soudain
Rouge
C'est parce que je suis
Noir ?
- Non, dit la fille
Rouge
C'est parce que t'es
Noir


Episode trois : Où l’on se dévore
Et il l’embrassa avec des talents de faussaire. Pas de plaisir, de la technique ! Elle, cependant, succombait à ses caresses. Sur le chemin qui les amenait à l’atelier, il s’arrêtaient parfois. Il l’attirait dans un coin. Elle gémissait naturellement. Sous le bec à gaz le gentleman remontait longuement sa main le long de ses jambes glabres. Il caressait son sexe à travers la robe excentrique. Avec son bel accent il disait tout pour l’exciter. Il lui susurrait : « Ecoutez ! Vous m’inspirez déjà… Je vais vous dire le début de ma chanson : Vous êtes… Heu… Ma muse… Ma muse… Ma muse… La muse qui m’amuse ». Et, trouvant ces mots dérisoires et géniaux, Aile Noire miaulait comme un chaton. Elle rencontrait enfin un artiste… Un vrai !… Cette façon de vous caresser, de vous parler, cette façon de s’habiller… Cet homme sentait le riche, le bourgeois, le puissant… comme c'était bath cette façon dont il lui attachait de l’importance !… Ah ! Elle ne lui résisterait pas longtemps ! … Il savait poser ses gestes et sa voix douce était une chanson…
Pendant la nuit, il l’amena là où son plaisir voulait¨aller, il la captura. Elle serait sa protégée et son souffre douleur, l’argument de ses pêchés refoulés, une fée, une reine, une victime, un prétexte, une couverture, une protection face au grand monde et à ses rumeurs. Aile, envahie par le plaisir, convaincue par son expérience de jeune femme qui de l’amour fait son métier pensait que des mains aussi agiles et une langue qui embrassait parfaitement ne mentaient pas. Quand elle découvrit , le soir même, l’atelier entouré de toiles vierges et de sofas nappés de draps blancs, elle défaillit. Le lieu restait secret et mystérieux, il correspondait à son fantasme le plus fort : l’antre d’un artiste. La fillette se disait : « C’est là où tout se passe, l’acte de création dans le doute, la lumière, la peinture et la poussière. Là où l’Homme se débat avec sa toile, qu’il s 'ébroue avec sa peinture et lui-même comme pour un acte charnel. » Non. Ce parolier ne pouvait mentir. C’est lui qu’elle attendait.
A suivre…

Episode deux: Où l'on se rencontre...
Aile exhibait ses longues jambes de flamants roses. Il la remarqua. Elle chantait une chanson populaire : « Allons où qu’tu voudras, Nicolas !/ T’en auras pas / L’étrenne ». Il se dit que cette petite gamine qui chantait bien, qui vendait l’amour au bord du trottoir serait la victime idéale. Il se mit en scène. Il admira son corps d’un regard insistant et théâtral puis la siffla. Il écoutait cette voix haut perchée qui roulait ses R sur « Voudrrras, aurrras, étrrrrenne» et comme dans ces vaudevilles qui font le plein le soir, il attira son attention en chantant. Il reprit le refrain : « Allons où qu’tu voudrrrras, Nicolas !/ T’en aurrrras pas / L’étrrrrenne », il se détacha du troupeau en haut de forme qui attendait la fin de l’entracte sur le trottoir, l’accosta puis la flatta. Avant la conversation, il lui glissa un gros billet entre les seins. Ils s’embrassèrent mais l’envie ne venait pas, alors il lui parla d’une voix douce. Il loua les qualités de son timbre qu’il pensait envoûtant. Il lui parla en caressant sa gorge d’enfant. Et Aile Noire qui n’osait prendre la parole finit par rougir. Il la lâcha. Ils discutèrent encore. La gamine lui dit son désir de chanter. Elle l’affirmait : « La Chanson c’est ma vie, ma liberté, ma façon d’être au monde ». Pendant la conversation le chasseur la cernait. Cette proie aurait tué sa mère pour devenir célèbre. Il se présenta : « Je suis Andréa Bianconne, le plus grand parolier de la capitale. Je suis plus connu sous le nom d’Il Parigiano Sensuale ». Et pour la titiller, il dût l’embrasser encore. S’éloignant du corps qu’il serrait trop à son goût, il fit cette promesse : « Vous, je vais vous faire chanter. Il y a un moment que je vous observe du coin de l’œil, avec mes camarades. J’ai une idée de chanson pour vous. J’habite un atelier d’artiste où je peins et écris un peu, si vous m’accompagnez nous pourrions créer de grandes choses ensemble… Vous me suivez ? »
A suivre...



