diumenge, 11 de desembre de 2011

des peurs en tuperware

Le parking froid. Le traverser. Le tuperware à la main. Je m'attends à ce qu'un ou deux hommes en cagoule se cachent derrière les lauriers roses séchés par le mistral. Surtout ne pas passer dans la allée haute où les branches géantes me cachent si je veux crier au secours et me débattre aux yeux de tous. Les fenêtres illuminées par les guirlandes de Noël se font des clins d'oeil d'un bâtiment à l'autre. Immeuble sécurisé à l'américaine où l'on multiplie les vis-à-vis pour s'espionner les uns les autres en cas de meurtre ou de cambriolage. Je marche en scruttant bien mon balcon d'en bas sentant mon souffle poindre mon cerveau enrhumé. Mes tempes se soulèvent dans mon crâne comme serrées par le bonnet de la piscine. Quand est-ce qu'ils vont rallumer là-haut? Ils m'attendent c'est sur. Ils m'attendent. Qui ça "Ils', d'ailleurs? Pourquoi suis-je persuadé que l'on m'en veut? Moi, le petit employé d'une agence de voyage, sans économie, vingt euros tout juste en poche. Un chien. Il faudrait que je fasse comme mon amie Mela. M'acheter un chien. C'est pour ça cette mode des chiens. Pour se protéger. Et pour pallier le manque d'affection de nos solitudes de banlieue. Porte d'entrée franchie. La veilleuse du couloir m'énerve. Elle ne tient pas plus qu'une minute. Tu le crois. Je veux pas rester dans le noir. Ils peuvent surgir. Envie de vomir. La Javel, je la supporte pas, ça m'écoeure. Le gardien nettoie tous les matins. Les odeurs de cuisine des familles se mélangent dans le bruit des couverts. Et les voix fortes des jeunes adultes du second dans une odeur de tarpé rivalisent sur la wiiii. Arrivé devant ma porte je tourne la clé dans la serrure demeurant le plus silencieux possible. A côté, dans l'appartement de cette mère seule, ma jolie voisine, j'entends: She Rise Up de David Lynch. L'enfant doit être chez son père. Cette musique synthétique de cauchemar rythme ma peur. Merde. J'entre laissant la porte ouverte. S'il faut fuir dans le couloir, je cours assez vite, je peux m'échapper. Je laisse ouvert. Mais ils pourraient s'infiltrer. Par derrière. Je parcours vite le salon et je ferme le volet déroulant qui tombe, tombe, tombe ( long beaucoup trop long, ils peuvent resquiller) longtemps sur le balcon. Je traverse le noir. Ils ont éteint la lumière avant de se cacher. Toujours ouvert pour la lumière extérieure sur les ficus l'hiver. Tant pis pour les ficus, s'ils m'attendaient au coin de la vitre, me bondissant dessus à coup de carabine? On a vu une petite vieille qui... Devant ses petits fils, à six heures du matin. Pan. Pan. Eclatée la cervelle. Fait divers, d'hiver, de la vila de Tam où on entretient nos peurs par la presse locale. Ils sont pas dans le salon. Ils sont pas dans les couloirs. Ni dans la cuisine. Je referme la porte d'entrée. Je ferme à double tour en laissant pendre le lourd trousseau. Sans réfléchir je laisse le Tuperware de carotte sur la bibliothèque entre deux dictionnaires. Tout à l'heure, si je survis à mes peurs, je le chercherai des heures et me trouverai pénible de ne jamais laisser les bonnes choses au bon endroit. Me voilà sauf. J'essaie de me faire rire. Soulagé je me sers une Leffe en penchant tout doucement mon bock pour équilibrer scientifiquement mousse, liquide et bulles. Equitable. J'allume le Grand Journal. Me voilà sauf? Mais cette lumière tout à l'heure? Suis-je fou? J'oublie de vérifier la chambre. Je vais dans la chambre. J'ouvre doucement la porte. Et là je sens quelque chose d'épais et de doux (un pied? un morceau de bras?) qui m'empêche de l'ouvrir complètement, entre le mur et la poignée...