dissabte, 4 de febrer de 2012

Christian Vincent


« Quand on regarde quelqu’un on n’en voit que la moitié ».

La Discrète finit par cette phrase littéraire de Christian Vincent et de Jean-Pierre Ronssin, scénaristes et dialoguistes. La Discrète appartient à la catégorie des films écrits. On a envie de le citer, de l’apprendre par cœur. Vingt et un ans plus tard, nous restons surpris devant la lenteur et l’écriture ciselée. Aujourd’hui, s’il est malheureux et difficile de continuer dans la lignée romanesque d’une certaine tradition française au cinéma, on doit avouer qu’il est devenu désuet de regarder un film littéraire car les «Belles Lettres » ne sont plus au goût du jour. Dans ce film, les décors sont figés : la gare, le café, la maison d’édition (ou la librairie); ils se mettent au service du dialogue. La bonne phrase, quant à elle, apparaît, sublime. Elle évolue, à l’image, dans un monde de livres reliés, anciens, et très chers (un des protagonistes achètera une édition très rare à plus de « mille francs »). Et Antoine, le personnage principal joué par le diseur professionnel Fabrice Lucchini, ne fait pas l’amour, il prend des notes. Cette obsession sensuelle du dit (et du non dit, le mensonge reste une des thématiques principales) étonne. Si singulier par son phrasé et sa petite musique des mots (soulignée par l’excellent piano de Jay Gottlieb), ce premier premier long métrage est à redécouvrir actuellement sur ARTE + 7. Sur l’Internet. Prenons donc le temps, sur une tablette qui peut servir aussi de liseuse, de savourer cette œuvre, comme un livre, à l'horizontale, dans le noir avec le casque. La Discrète. Road Movie immobile.